Livre d’or
JEHAN JONAS
La cour des grands
Dès qu’on écoute une parole différente
Singulière, c’est d’abord cette
Parole qu’il faut écouter
B. KERYHUEL
« Responsable CHANTS-SONS
Festival Chant’Appart »
A la croisée des chemins, il est des êtres qui vous marquent au fer rouge fraternel. Jehan Jonas, on s’est un peu connu et beaucoup reconnu. Je le revois encore, les gestes abrégés, le regard un peu voilé, frôlant les murs du couloir de notre maison lorsqu’on le croisait comme pour ne pas déranger, une discrétion naturelle qui honore, puis soudain se ravisant, une fulgurance imparable pour clouer au pilon les troubles publics ou les désordres privés.
Il avait la taille pour jouer dans la cour des grands, sorte de Nerval ombrageux et inconsolé en col roulé existentialiste avec l’élégance des propos, des mots veillées d’armes sensibles, digne de CAUSSIMON ou de FERRE. Prémonitoire, il annonçait la révolte juvénile de RENAUD, la lucidité de SARCLO, la causticité de BERANGER ou la tendresse de LAFAILLE. Dans cette cour des grands, même s’il avait choisi sa part d’ombre, ce qui en arrangeait bien quelques uns, il méritait une reconnaissance plein soleil. Les amateurs de vie sans arguments s’en méfiaient et ils avaient raison.
Le talent n’est jamais neutre.
Ce solitaire social était un quêteur (un questeur?) d’étoiles et ses chansons, dont certaines sont toujours d’une actualité brûlante devenaient pour moi des sources vives où je puisais l’espoir des espérances.
Un soupçon de provocation bien placée, un regard et un jugement distancié d’extralucide, Jehan JONAS ressemblait à un Van Gogh de l’âme et sa palette était immense parce que profondément humaine. Il m’a barbouillé, a secondé mes révoltes et laissé sur mes sentiers d’homme, des traces intemporelles et profondes.
Véritable écrivain de chansons mais écrivain discret et magistral, Jehan JONAS est aussi poète du quotidien magnifié.
A la corrida de la vie, aujourd’hui, je lui offre toujours mes deux oreilles. Je sais qu’avec lui, nous en ferons bon usage…
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P. BERNARD
« Adhérent à Jehan Jonas Second Souffle«
» On écrira les noms de ces copains que nous n’avons jamais connus ». On tentera de les écrire la nuit, en écoutant à la radio l’émission de Serge Levaillant qui sait être si réac, si redondant, si moralisateur mais qui, au fil des années laisse s’exprimer des chanteurs tels que UTGE-ROYO, ou ARTI, fait découvrir des personnalités attachantes tel que Y. Le GUEN. Et puis je n’écoute pas toutes les nuits, seulement au boulot. Je suis aiguilleur à la SNCF, je travaille seul en 3×8 et dans ce poste qui ressemble à un phare ou un mirador, je suis le voyageur immobile, au milieu de voies de chemin de fer où les trains circulent, emportant des gens qui voyagent, emportant avec eux leur immobilité.
A 48 ans, anarchiste de la CNT, les noms de ces copains mal connus, les Brel Ferré Brassens Tachant Debronkart Utge-Royo Paccoud (cantonnons-nous au domaine de la chanson) peuplent mon existence de leur poésie, de leurs outrances, de leurs désespoirs. A travers ce qu’ils ont écrit, ce qu’ils ont dit et ce que l’on a pu écrire et dire sur eux, je me suis, comme tout le monde imaginé leur personnalité, leur consistance d’être humain.
Bien sûr, il y a ceux que l’on connait moins, ceux dont les noms sont inscrits très loin dans la mémoire et que l’on a mis en sommeil. Et puis…il y a un nom qui une nuit s’échappe du transistor, une voix, et en dessous, les voies, un train passe, un choc sur la voix. Malgré les bruits parasites je tente d’écrire le nom.
Ca commence par Georges non. Géant Jean? Au bout d’un moment
Levaillant épelle le nom JEHAN (tiens, comme le poète des pauvres, JEHAN
RICTUS) pas le nom JONAZ si j’ai bien compris. Et puis le Limonaire, je travaille encore cette nuit-là , je n’y serai pas, un coffret, une adresse incomplète, une association notés au pif dans le bruit ambiant.
Le lendemain ma femme me trouve le téléphone du Limonaire. Le soir même, j’appelle, on va me chercher quelqu’un de l’association. Il s’agit de Philippe Billault. La conversation est chaleureuse précise, pleine de sensibilité et me laisse un bon souvenir. Puis c’est la réception du coffret. C’est déjà avant l’écoute une Å“uvre d’art. Quel bel objet!
La voix, la musique, le petit fascicule, la poésie, le penseur libre, pourquoi n’ai-je jamais connu cela! C’est une personnalité unique, je ne suis pas critique et je n’ai aucun penchant pour ce métier, mais il s’agit de donner quelques impressions
Il y a cette voix parfois fragile, parfois si puissante et qui sait dès le départ ce qu’elle veut dire et qui y parvient. Il y a cette palette inépuisable de mélodies, la maîtrise des thèmes abordés, ces orchestrations si riches et la volonté à travers toute cette oeuvre de vivre la liberté sans jamais donner de leçons.
Et puis le dernier CD : autres vibrations, des bandes de travail, des enregistrements « pirates » et l’homme est là , encore plus présent. Jusque là derrière la chanson parfaitement élaborée il y avait le chanteur, ici l’homme n’est plus masqué par l’artiste. Les scories des bandes le rendent plus vivant fragile, humain devant la chanson en devenir, la chanson pour les amis, les interrogations.
Et puis la question. Pourquoi s’est-il arrêté? Je cherche une réponse, élabore un scénario éventuel : une équipe entoure le jeune « poulain » C’est qu’il promet, le bougre! Il sera l’égal des plus grands il remplira les bacs. Mais lui suivra son chemin, il a l’exigence de la liberté, il ne transige pas avec les marchands de soupe. Les portes progressivement se ferment; il ne courbera jamais l’échine.
Voilà , quelques impressions, mais je ne demande qu’à connaître un peu mieux l’homme le « GE-ANT » même si « des enfants jouent sur le pavé avec le vent, avec tout çà »
Bravo à vous tous qui continuez son œuvre, bravo pour votre humanité, pour la chaleur prodiguée et tenez-moi au courant de vos activités.
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J. PAJON
« Adhérent à Jehan Jonas Second Souffle«
J’ai glissé le CD dans la machine top niveau. J’ai poussé tous les boutons, fait appel à toute la technologie dont je dispose Rien Voulait pas connaître ce que l’ancien avait à dire!
Pas l’habitude de ces discours sans doute!
Je suis allé chercher une vieille pochette 33T bien défraîchie, tiré la galette, un coup de revers de manche sur le vinyle, démarrer le tourne disque. Ces deux là se sont bien reconnus, depuis le temps qu’ils se fréquentent.
Je me suis installé dans le fauteuil en songeant qu’avant (dans le temps!!?)C’était sur une banquette Ségalot en skaï noir qu’on écoutait. C’était pas grand l’espace, c’était Paris, c’étaient les fenêtres en face où butait le regard, on voyait pas beaucoup le ciel. C’est là qu’il nous parlait de phare, de cirques vagabonds, de voyages et de perles rares On partait, on rêvait…
On savait pas encore que la glu allait nous coller à la peau, que nous ne serions jamais marins et que, plus tard, la vue d’un manège nous ferait un petit quelque chose au cÅ“ur Il nous avait prévenus : « La bêtise »Â nous pensions qu’elle ne nous attraperait pas Et pourtant, maintenant que nous connaissons la fin du film…
Comment il savait ça, lui? Comment voyait-il ce que nous n’imaginions même pas.
Il nous a laissé des airs à siffloter en se promenant sur la plage (J’ai de la chance …) et quand je trouve une moule sympathique qui baille aux goélands, ensemble nous regardons le phare qui nous fait de l’Å“il.
Avec ma sympathie et mes souhaits de réussite.
P.S. Rassurez-vous, 30 touches de télécommande sont venues à bout du CD récalcitrant
Ca marche, 3 accords de guitare, la voix, nos 25 ans, retournons sur la banquette en skaï,
N’oublions pas les kleenex pour les lunettes embuées…
Et le vlà qui chante le cimetière, le mouron, les pincettes, les racines, faut que je réécoute çà une
Deuxième fois et c’est pas sûr que je rigole
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Lettre de Jean-François DOUELLE
« Interprète de Jehan Jonas » (voir Discographie)
Bonjour !
Je suis très heureux de constater toutes les initiatives positives, qui permettent et permettront de faire connaître l’Å“uvre de Jehan Jonas.
Je ne l’ai connu qu’au soir de sa vie, mais je garde le souvenir d’un homme de 35 ans, qui avait largement fait le tour de «l’humanitude».
Poète ! sur ! mais aussi philosophe, concret, non spéculatif, débarrassé de toutes les idéologies les religions, les chaînes diverses qui entravent le destin de l’homme.
Il semblait regarder le monde sans «illusions» comme un stoïcien, préparé d’avance aux épreuves inévitables de notre condition humaine.
Stoïque ! oui mais heureux de vivre, et de s’ébattre avec des émotions, et les joies de l’imaginaire, qu’il possédait à l’infini . Un sacré potentiel !
Son regard sur l’homme «responsable» sans complaisance, sans excuse, qui assume ses pensées et ses actes sans se voir dicter son chemin par quelque instance gouroumaniaque .
Oui ! la conscience d’être et d’exister, de regarder fraternellement ses semblables issus, comme nous, de la grande aventure du vivant et dont on trouve les pères et les traces, il y a quelques trois millions d’années, en Afrique.
Ouvert à la technologie, à la science, à la pensée, à l’art, privilégiant le sensible aux pensées spéculatives, il était pour moi un humaniste du 21ème siècle . Son Å“uvre n’est pas près d’être obsolète.
Il avait par nature, un équilibre entre le sentiment et la raison ; preuve en est, lorsque l’on chante ses chansons, et qu’on mesure à quel point la
« justesse » de ses propos touche le public soit au cÅ“ur, soit à l’intellect.
J’ose comparer, toutes choses étant égales par ailleurs, la vie de ce libertaire, qui a laissé sa peau sur le bûcher de l’indifférence médiatique, à celle de certains hommes, qui ont voulu affirmer une philosophie individuelle, sans passer par des dogmes de la théologie, et qu’on a immolés sur le bûcher, après les avoir torturés, à qui on a «arraché la langue» .
Jonas, selon moi, a été frappé du même chef d’inculpation : «Impiété, et blasphème contre le monde social, politiquement correct» .
Pour ce créateur, la remise en question était son lot quotidien, il aurait pour sur accompli encore tant de travail, nous aurait tant surpris, par son humour, sa pertinence, ses perspectives, son humilité et son art de nous renvoyer modestement à notre condition d’homo sapiens sapiens, en fustigeant l’orgueil, la connerie,
le pouvoir, et tant d’autres travers qui font que l’homme a son «libre arbitre», poursuivre la vie, ou la faire disparaître la sienne au moins, celle de l’espèce.
Je suis donc pour conclure cette lettre, heureux d’être membre de l’association, et à la disposition de la présidente, chaque fois qu’elle fera appel à moi .
Bien à vous toutes deux.
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